Défi n°1: Se donner en spectacle dans la rue et récolter de l’argent dans le but d’offrir un repas à un sans abri

Pourquoi ce défi ?

Lorsque je passe à table j’ai souvent cette pensée en tête qui me dit que des gens sont dans la rue avec le ventre vide et qu’il ne vont probablement pas manger de la journée. Je pense aussi à ces enfants pauvres dans le monde qui meurent de faim chaque jour et à leur famille qui souffre d’une situation qui ne devrait plus exister de nos jours. Je m’en voulais toujours d’avoir à manger chaque jour et en plus d’avoir le droit de choisir ce que j’allais manger. Je devais donc faire quelque chose pour ne plus m’en vouloir. Je donne souvent au gens dans la rue de l’argent mais rarement de la nourriture. Ainsi il m’est apparu évident que je devais aller plus loin dans mon aide que je pouvais leur apporter au moins à mon échelle. C’est ainsi qu’est venu l’idée d’offrir un repas ce soir là pour ce défi et de partager ce moment avec la personne si cela lui convenait.
Concernant la zone de confort, je voulais me donner en spectacle dans la rue car c’est quelque chose que je trouve fascinant. J’aime énormément les spectacles de rue, je trouve que cela égaie la vie et la morosité de la routine. Comme ces jongleurs au feu tricolore quand on est dans notre voiture qui pendant quelque secondes nous permettent de nous régaler de leur sourire. Selon moi ces personnes devrait être payer par l’état car elle sont d’utilité publique. Ils réchauffent nos âmes. J’aime cette valeur de donner de soi pour émerveiller l’autre, j’aime que les gens rêves et puisse voir des sourires et de nouvelles choses dans ce monde. C’est donc tout naturellement que ce défi m’est venu en tête. Je ne suis pas du tout à l’aise avec le fait de briller au yeux des autres car je me suis trop longtemps juger moi-même puisque j’étais différent des autres. Je savais faire des trucs que la plupart ne savais pas faire et je ne me permettait plus de les faire puisque l’on me regardait étrangement. La sortie de zone de confort était toute trouvée, me mettre face aux jugements et doutes des autres par rapport à une compétence que j’ai, qui me plaît et que je souhaite partager: l’équilibre.

Qu’est-ce que ce j’ai découvert ?

Une confiance en moi qui ne cesse de grandir. Une confiance dans la possibilité de changer ce monde par ces petites actions du quotidien qui amènent un peu plus de lumière dans le monde. J’ai clairement compris que lorsque je reçois un refus ou une critique, qu’une personne est désagréable, ou même méchante envers moi, c’est car elle a peur de ce que je dégage, de mon rayonnement, de la foi que j’ai en la vie et dans la possibilité de réalisé l’utopie. Cela lui renvoie ses propres blessures, doutes, craintes et remet en cause son propre système de croyances. Elle passe donc en mode défense pour que son “monde”, son quotidien, ses habitudes ne soient pas chamboulés.
J’ai aussi intégré et confirmé une croyance que j’avais, qui est que l’homme est bon. Au fond de son coeur tout être détient la bonté. Même si l’on m’a fait croire que les gens dans la rue était des sauvages, des bons à rien, des mendiants, des profiteurs, je me prouve à moi-même que cela n’est que des jugements de valeurs. Ces personnes sont blessées par l’inefficacité de ce système et de cette éducation que l’on reçoit par nos parents, l’école et la société. Cela a pour conséquence de faire émerger les parts sombres au détriment de la lumière que chacun porte en lui. Ce système basé sur la compétition renferme l’humain et divise. Ce qui ne nous permet pas d’avoir un cadre stable pour le plein épanouissement dès le plus jeune âge et la compréhension de notre monde, de ce qui se joue en nous.

Je vous raconte mon premier défi :

J’ai réalisé ce défi Mercredi 31 Mai. J’ai longuement hésité avant de sortir de l’appartement et de foncer en direction des quais de Bordeaux pour affronter mes peurs de ne pas être à la hauteur. Il y avait de l’orage en ce début d’après-midi et je me trouvais des excuses en me disant “il va pleuvoir donc ça sert à rien d’y aller”, “il n’y aura personne”, “je vais être trempé par la pluie”, “ma pancarte sera abîmée”. Enfin tout un tas de conneries parce que dans le fond c’était juste des histoires pour ne pas le faire. Je me suis dit de toute façon maintenant c’est acté, tu vas le faire quoi qu’il arrive, si c’est pas aujourd’hui ce sera demain obligatoirement. Donc du coup je me suis dit si l’orage est passé et qu’il ne pleut plus vers 19h j’y vais. 19H, pas une goutte de pluie: Let’s go! Je ne réfléchis plus et j’écoute mon coeur. On glisse en skate avec Flo et Pioma (“plume” en espagnol c’est ma chienne) direction les quais de bordeaux. A ce moment là il est temps de me trouver un endroit pour réaliser le défi. Je trouve et m’installe à un endroit stratégique où les passants ne peuvent pas me raté. Je rassemble mes forces et me lance pour ce premier défi.
J’ai d’abord posé la pancarte au sol avec ma casquette et mis mon ukulélé en équilibre sur mon nez, attendant que les passants s’arrêtent pour me donner de l’argent. Que dalle! Personne ne s’est arrêté et je suis même passé totalement inaperçu. Ca me paraissait invraisemblable qu’on puisse passé à côté d’un gars avec un ukulélé en équilibre sur son nez, proposant ce tour pour la bonne cause sans s’arrêter et se poser des questions. J’ai vite compris que c’était pas de cette façon qu’une bouche affamée serait comblée ce soir. Je suis allé alors directement à la rencontre des gens pour leur exposer mon intention: les étonner en échange d’une contribution financière pour offrir un repas à un SDF et sinon juste pour le plaisir de leur faire un petit spectacle. Les premières personnes que j’ai arrêté étaient pressées et pas hyper ouverte. Je continuais de parler malgré l’inconfort que cela m’occasionnait et ne me décourageait pas face à leur réticences point de vue argent ainsi que les a priori qu’ils pouvaient avoir par rapport à “un relou qui vient les accoster dans la rue et leur demander de l’argent”. Mais ils ont tous accepté que je fasse le spectacle, aucun n’a refusé formellement de recevoir une petite tentative de surprise et d’étonnement.

La première personne ouverte à offrir de l’argent m’a donné 4 euros sans même attendre le petit tour d’équilibre, un mec bossant en restauration ayant fait le chemin de Saint Jacques de Compostelle. Je le remercie encore car ça m’a donné la force d’aller plus loin dans le défi. 4 euros c’est bien mais ce n’était pas suffisant et puis je commençais vraiment à mettre le doigt sur une façon intéressante d’aller à la rencontre des gens. Au fur et à mesure de m’ouvrir à l’inconnu et de faire part de mon intention, j’améliorais ma façon de communiquer. Je prenais de plus en plus plaisir à expliquer ma démarche, à prendre le temps, et même à faire durer le suspense concernant ce que j’allais proposer avec mon ukulélé. J’ai joué un morceau de “Somewhere over the rainbow” à un couple de jeunes lycéens alors qu’il n’était pas du tout accordé. J’ai vu dans leur yeux la détresse lorsqu’ils se sont aperçus de la disharmonie. Intérieurement je riais de la situation, leur désespoir de se faire accosté par un relou et qu’il fasse un gros bide était flagrant. Je leur ai alors dit: “on est d’accord il n’est pas accordé, je suis pas au point pour en jouer, par contre il y a un domaine dans lequel je suis bien meilleur” et hop je l’ai mis sur le nez. L’étonnement et la surprise étaient plus intenses. A chaque fois que je rencontrais une nouvelle personne je sentais la confiance grandir en moi et l’aisance naturelle qui s’en dégageait au fur et à mesure que j’étais confortable à l’idée de m’exposer à un inconnu. Je découvrais un “nouveau monde” à travers l’autre et j’avais comme défi de le surprendre en lui dévoilant le mien.

J’ai au final récolté 13,30 euros et rencontré des personnes de tous horizons. Steven qui bosse en restauration, ayant fait la marche de Saint Jacques de Compostelle avec qui on a échangé nos numéro pour se revoir sur Bordeaux. Un couple de lycéens à qui j’ai laissé mon ukulélé pour qu’il en joue tout en sachant qu’il fallait l’accorder! Deux jeunes hommes étant à Bordeaux pour un salon professionnel, l’un venait de d’Allemagne et l’autre de Strasbourg. Un jeune rockeur qui a pour projet de monter un label associatif de musique dans le but de produire des jeunes. Des rencontres très riches qui m‘ont clairement montré qu’il suffit de s’ouvrir aux autres sans crainte pour faire des rencontres vraiment agréables et surprenantes. N’est-ce pas ça le mystère de la vie, de se laisser surprendre par l’inattendu?

Ayant les sous en poche on part avec Flo et Plume direction Wok to walk. Une enseigne de cuisine asiatique que j’apprécie particulièrement car il propose un menu végétarien. Je commande des nouilles de riz avec légumes et oeufs, et y ajoute des cacahuètes, graines de sésame, tofu, et noix de cajou. Je commande aussi un verre de limonade fait maison pour seulement 2 euros, un délice. Avec nos trois repas, un pour notre “invité”, un pour moi et un pour flo, les croquettes de Plume dans mon sac, on part en quête d’une personne démuni d’abri pour la soirée. Cela ne devrait pas être compliqué à relever comme défi malheureusement. On marche une quinzaine de minutes car le premier que nous avons croisé venait juste d’avoir son repas et se préparait à manger. On s’est alors dit que s’était mieux de trouver quelqu’un qui n’avait rien pour ce soir. J’avais aperçu en voiture que sur les boulevards il y avait un homme qui posé son matelas et dormait sur les marches. Il n’était pas là ce soir. Je décide de monter sur le skate pour revenir dans la rue Saint Catherine qui est bien plus fréquentée. Plume me tracte en mode chien de traineau comme on a l’habitude de faire. Et puis elle accélère et je tente de passer une petite marche, et là je me paie une énorme gamelle. La scène? J’ai les deux mains prises, une avec le sac de nourriture fraichement préparée et l’autre qui tient la laisse de Plume, tout ça sur un skate. Les limonades explosent littéralement au sol et je réussi par miracle à sauver les boites contenant cette délicieuse nourriture. Ouf j’ai sauvé les meubles. Désolé pour ce soir ce sera juste de la nourriture, la boisson ce sera pour plus tard, pourquoi pas un autre défi?

Arrivés dans la rue principale, on aperçoit au loin deux jeunes avec un petit chien, c’est bon on a trouvé nos heureux élus. On s’approche et je leur demande s’ils ont mangé ce soir. Le premier à me répondre rentre de la soupe populaire et l’autre non, il a loupé l’heure du service.
Je leur propose alors le repas et leur demande si on peut se joindre à eux pour partager ce moment ensemble. Je commence à discuter avec eux en leur demandant comment ils s’appellent. Le plus ouvert et moins blessé par la vie à première vue s’appelle Théo et son petit chien Narco. Son collègue de la rue se surnomme Kevlar, ça me laisse imaginer ce qu’il a pu vivre pour se donner ce blase. Le kevlar c’est le matériau utilisé pour les gilets par balles. Clairement c’est impénétrable, incassable. Après avoir fait un peu plus connaissance je leur demande pour qu’elle raison ils sont dans cette situation. Kevlar tout en se “cassant le bide”, m’explique ses raisons. Il a 19 ans. Son père lui vole son argent quand il est avec lui et qu’il bosse pour se faire des sous, sa mère l’emmène dans le monde de la drogue et lui propose de l’héroïne. Alors c’est tout naturellement qu’il a préféré la rue. Ici il est “libre”. Théo, 22 ans, quant à lui s’est tout bonnement fait jeter par sa copine qui dans son élan à brûler toutes ses affaires et tous ses papiers d’identités. Il a trouvé du boulot, mais sans papiers il n’est pas embauché. Il attend de recevoir ses papiers pour pouvoir reprendre le cours de sa vie. Lorsque j’entends leurs raisons, je suis sous le choc. Je suis en colère que des situations comme celles-ci puissent encore exister de nos jours avec tous ce que l’on voit concernant les gouver-ne-ments et industriels qui se gavent et s’autorisent à s’enrichir de plus en plus au détriments du “peuple”. Nous restons un moment avec eux à discuter après avoir fini notre repas. Je demande à Théo si je peux tester son bâton du diable, il me le prête gracieusement. C’est un bâton avec un revêtement en caoutchouc qui accroche et on utilise deux baguettes elles-mêmes revêtues de caoutchouc pour le faire passer de l’une à l’autre en faisant des figures. Théo est très doué, moi je le suis moins sur ce coup ! ^^
D’autres jeunes arrivent, et discutent avec Théo et Kevlar. Ils nous saluent comme si on se connaissait depuis toujours. Nous pose des questions naturellement. Bim une autre claque… Il y a vraiment beaucoup de jeunes à la rue. Je leur demande combien sont-ils dans cette situation précaire, ils me répondent qu’ils sont environ une trentaine sur Bordeaux aux alentours de 20 ans. Paf une autre claque! Je fait la connaissance d’une jeune fille qui ne fait pas du tout “SDF”. Elle ne l’ai en fait plus, elle est sortie de la rue et a réussi à s’en sortir. Elle a trouvé un boulot et une colocation. Cette fille était dans le monde du cinéma, elle est d’une famille aisée cependant ses parents n’acceptaient pas ce qu’elle était. Je n’en saurais pas plus de son histoire pour le moment. Une nouvelle fois je suis sous le choc, tout ces jeunes sont intelligents, bienveillants et ont beaucoup d’amour au fond d’eux. Ils sont exactement comme moi, la seule différence réside dans le fait qu’ils sont née dans une famille qui ne les a pas aidé, ils sont seuls, démunis de parents bienveillants, d’un cadre dans lequel s’épanouir. Je pourrais donc moi-même être à la rue si j’étais née dans la “mauvaise famille”…
Je fais part à Kevlar de ma prise de conscience et de l’injustice de la société. Il me répond d’une parole digne d’un maître de sagesse : “même si le monde fait mal, la vie reste belle”. J’en suis ému, un jeune ayant vécu cette tristesse et cette dureté arrive encore à dire que la vie est belle. Je suis respectueux pour son courage d’aller encore se confronter au refus des passants pour faire la manche et tous cela en les remerciant et leur souhaitant de passer une bonne soirée. Je suis honorer d’avoir fait leur connaissance, cela me donne la force d’avancer, le courage et l’énergie de parler de ce dysfonctionnement de la société et d’agir pour changer le monde en réalisant mon utopie. Je les remercie pour les enseignements qu’ils m’ont apporté concernant la sagesse face à l’absurdité de cette société, le lâcher prise concernant une situation totalement injuste et l’optimisme de toujours avancer et voir de l’avant, voir la lumière plutôt que l’obscurité et la noirceur de ce monde.

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